lundi 19 janvier 2009

Un peu d'émotion

Voire de guimauve, admettons. J'ai un peu hésité, et puis je me suis dit que ça pourrait plaire à certain(e)s d'entre vous de le lire...


Voilà donc le récit de la naissance de Ptibouchon. Vous êtes prévenus : c'est long, c'est pas dans les tonalités habituelles du blog, mais voilà, c'est là.


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Je suis retournée voir mon gynécologue le 30 décembre. Ce jour-là, il m’a dit qu’il pensait que tu n’allais pas tarder à arriver. Il pariait pour une naissance entre le 1er et le 7 janvier. J’ai souri. Je me connais. Mes enfants sont tous allés au terme de la grossesse. Je suis un ventre apparemment confortable. Je n’y croyais pas. Mais je me suis mise en attente : de toute façon, tu pouvais aussi bien arriver quand tu voulais maintenant. Même s’il était vrai que Nanie, ta grand-mère, avait beaucoup de travail à boucler avant de venir m’aider et qu’elle préférait que tu n’arrives pas avant le 10 janvier.

F., ma sage-femme, que j’ai vue le 5 janvier aurait parié pour une naissance avant le 10, mais n’a pas été aussi catégorique que le gynéco : elle connaît les femmes enceintes, on ne peut jamais savoir. Et moi je me connais.

Nanie est arrivée le dimanche 11 janvier en fin de journée. Juste à temps pour qu’on s’organise avant ton arrivée.

Lundi soir, je devais aller à une réunion du bureau de la crèche. Je pensais pouvoir le faire, mais le moment venu je ne me suis pas sentie prête. J’avais beaucoup brassé toute la journée, changé les draps de tout le monde, rangé la chambre des enfants... Cela faisait déjà deux bonnes semaines que je maintenais la maison bien rangée, mais c’est vrai que j’avais donné un coup “de plus” ce matin-là. Je suis donc restée à la maison avec tout le monde. On a passé une soirée agréable, je sentais que j’avais des contractions régulièrement, mais comme tous les soirs. En général, elles finissaient par se calmer toutes seules, et moi par dormir comme un loir jusqu’au matin.

Cette fois elles sont restées.
A minuit j’ai appelé F. pour lui dire que ça contractait gentiment, toutes les 10 minutes depuis 2 heures. Elle m’a dit d’attendre que ça se précise et passe à moins de 5 minutes pour la rappeler. J’ai raccroché et... me suis endormie ! Tout s’est arrêté jusqu’à 3h30 du matin. Biggirl s’est réveillée à 2h, elle n’était pas en forme, je suis allée m’occuper d’elle et me suis recouchée. Je me résignais à l’idée que ces contractions-là étaient une fausse alerte, et qu’il faudrait attendre le début du travail encore quelques jours.

A 3h30, une plus grosse contraction m’a réveillée. Je suis restée attentive. Les contractions étaient plus forte, mais restaient irrégulières. Elles sont passées à 5 minutes entre 6h et 7h, mais de nouveau à un rythme irrégulier dès après.

Nanie a accompagné Biggirl et Tiboy à l’école et à la crèche. Je sentais quand-même que le travail avait commencé, et j’imaginais que tu pouvais arriver avant leur retour à 17h30. J’ai rappelé F. pour la tenir au courant : les choses étaient loin d’avancer de façon précise, mais il se passait quelque chose...

J’ai passé la matinée allongée dans mon lit. Mon Amoureux qui n’avait pas beaucoup dormi s’est couché aussi. Les choses se sont à nouveau calmées, laissant même parfois à nouveau jusqu’à un quart d’heure entre deux contractions. Je me répétais que le travail pouvait être irrégulier mais avancer quand-même. Ça avait été le cas pour Tiboy.

Après le déjeuner, j’ai proposé à mon Amoureux et Nanie d’aller nous promener dans le village. Je sentais que cela avancerait les choses, et j’avais besoin de prendre l’air. Nous sommes sortis tous les 3, et avons fait un tour du parc et du village. Il faisait bon, dans les 10°, c’était vraiment agréable. Et j’appréciais de vivre ce travail en compagnie de mon mari et de ma maman, tout le monde discutant de choses et d’autres. J’aime bien ce côté un peu “à part” on dirait que le temps n’avance plus pareil... Les contractions m’obligeaient à m’arrêter régulièrement, elles se faisaient plus fortes.

Sur la fin, j’ai abrégé le chemin, avec une envie marquante de rappeler F. et de la voir venir, et me dire si ça avait avancé ou non. J’ai eu le sentiment de rentrer avec une grosse contraction continue, ce n’était pas évident de marcher. On a croisé des voisins à qui on parle rarement. J’ai dit à la fille qu’on faisait “venir le bébé”, elle m’a répondu “ah oui, vous êtes en plein travail, là”, j’étais étonnée que ça se voie.

Une fois rentrés, j’ai téléphoné. Au son de ma voix, F. ne s’est pas vraiment affolée. Elle a pris ma demande de la voir venir avec du recul, et j’avoue que sur le coup j’étais un peu vexée. J’aurais aimé qu’elle vienne immédiatement. En l’occurrence, elle m’a dit avoir déjà 2 nuits blanches derrière elle (J., l’autre sage-femme du cabinet ayant eu un accident juste avant les vacances, elle a dû s’occuper de toutes les naissances de fin 2008 et début 2009), et qu’elle allait voir si J. pouvait passer. Elle a précisé qu’une d’entre elles me rappellerait et passerait en fin d’après-midi. Il était 15h30. Je suis allée me remettre dans mon lit, et comme à chaque fois que je m’allongeais, les contractions se sont à nouveau espacées. J’ai même pu dormir 20 bonnes minutes d’affilée. Je projetais d’attendre la venue de J. et de retourner me promener après le dîner (je n’avais pas très envie de sortir à l’heure où on croise tout le village dans les rues...).

J’étais un peu stressée à l’idée de voir arriver ma sage-femme. Je voulais vraiment savoir si ça avait avancé, mais j’avais peur qu’elle me dise que non, que rien n’avait encore bougé. Je savais que si elle m’annonçait un col à moins de 5 de dilatation, je serais déçue. Même irrégulier, ce travail durait depuis 3h du matin. Et je me souvenais du travail très irrégulier pour Tiboy qui m’avait quand-même amenée à 7 de dilatation en 12 heures...


J. est arrivée à 17h45.
Elle m’a examinée, et m’a annoncé que j’étais à 4... Mais que le col était très souple et qu’elle l’ouvrait super facilement jusqu’à 5 ou 6. Je me suis sentie un peu inquiète à l’idée du chemin restant à parcourir...

Mon Amoureux est sorti avec elle pour l’aider à ramener tout son matériel de sa voiture. J’étais contente qu’elle ne me dise pas de la rappeler quand ça serait plus précis. Je craignais qu’elle ne préfère repartir... Mais elle a dû voir que les choses se précisaient.

Nous nous sommes installés dans la chambre. Les contractions se sont à nouveau rapprochées, et intensifiées. Entre deux, du temps nous était donné pour discuter, blaguer un peu, boire une tisane... Je gérais bien le travail, appréciais ces moments de répit, laissais se faire les choses à leur rythme, c’était agréable de me sentir libre d’avoir le temps, de sentir en même temps que ça avançait.

Vers 20h, Biggirl et Tiboy sont venus nous rejoindre dans la chambre. Ils sont restés une vingtaine de minutes avec nous. Ils n’avaient pas l’air inquiets de me voir gémir régulièrement, mais c’est vrai qu’on a l’habitude d’expliquer beaucoup les choses. Vers 20h20, j’ai senti qu’il fallait qu’ils partent. Je leur ai demandé d’aller se coucher gentiment, ils sont sortis sans faire d’histoire, tous les deux, super sagement. Et moi j’ai commencé à sentir passer les choses de façon beaucoup plus marquée à ce moment-là.

J’ai reconnu cette “dernière ligne droite” à la façon dont je me suis mise à crier, sur un ton très différent des gémissements du travail. Cette fin de travail, qui mène à la naissance m’était insupportable. Je disais que je ne voulais pas, que c’était trop dur, et juste derrière, je disais qu’il fallait que tu viennes. Je m’accrochais à mon Amoureux, désespérément. Lui, me répétait doucement de bien penser à respirer. Il me retenait, il était là. J’ai dû le mordre une ou deux fois.

Ces vagues me semblaient ne mener à rien, j’avais peur que ça dure comme ça encore longtemps. Je me souviens quand les enfants sont partis, avoir dit “dans moins d’une heure, il est là”. J. n’a pas acquiescé, je pense qu’elle ne voulait pas me donner de faux espoirs, et risquer que je me décourage au cas où les choses duraient un peu plus. On était clairement sur la fin, mais entre 40 minutes et 1h30, il était difficile de savoir à quel moment tout cela serait fini. J’aurais aimé qu’elle me dise que oui, que tu serais bientôt là... Mais je reconnais qu’il valait mieux ne pas trop s’avancer.

Sur chaque contraction, J. me recommandait d’essayer de relâcher un maximum mon col. Je sentais que je te retenais un peu, que je me crispais sous l’effet de la douleur, et j’essayais de me concentrer un maximum pour penser à ce relâchement avant que la contraction ne me submerge. Cela me demandait un effort énorme à mes yeux. J’avais tellement envie que la douleur cesse. Accepter qu’elle soit là et qu’elle serve à quelque chose, relâcher ce col pour laisser la douleur faire son travail... ne sont pas des réflexes naturels chez moi.

Je me suis installée assez rapidement par terre, les genoux sur deux coussins, protégés par une alèse, les bras sur mon lit et sur mon Amoureux.

La poche des eaux s’est rompue. C’est la première fois que ça arrive pour moi. Dans les deux précédents accouchements elle avait été percée. J’ai ressenti ça comme un bon présage, un présage du bon avancement des choses. J. m’avait dit qu’il était bon que la poche ne se rompe pas trop tôt, parce qu’avec la souplesse du liquide, elle épargnait le col, mais que le fait qu’elle soit encore intacte pouvait aussi limiter la vitesse du travail. Le liquide était un peu teinté, tu avais commencé à faire caca en avance...

Je te sentais dans mon col. Ta tête était là, tout près. Mais quand j’ai touché, je l’ai trouvée encore tellement loin ! J’ai eu l’impression qu’il y avait encore des kilomètres à faire avant de t’avoir dans mes bras...

Il fallait vraiment que je mobilise toute ma volonté pour pousser sur les contractions. J’avais envie que tu arrives, mais la douleur me retenait de pousser, j’avais tellement envie que ça s’arrête, que tu sois là, que je puisse me reposer...

Et puis, sur une nouvelle poussée, j’ai senti passer ta tête entre mes jambes. C’était bizarre, de t’avoir là, à moitié sorti. J’ai attendu que la contraction suivante m’invite à pousser à nouveau pour que tu arrives. Il fallait aussi que tu prennes le temps de tourner tes épaules. Ce petit moment suspendu est un souvenir très marquant pour moi.

Enfin, tu es sorti. Tu t’es retrouvé sur les coussins, accueilli par les mains de J.. Tu avais commencé à pleurer avant même d’avoir sorti tes pieds. J’étais fascinée de te voir là. Comme si je réalisais subitement que c’était bien un bébé que je portais depuis tous ces mois et que j’avais senti sortir de mon corps. J’ai découvert que tu étais un garçon, et c’était une vraie surprise, parce que mon intuition au long de cette grossesse penchait plutôt pour une fille. J’ai tout de suite adoré que tu sois un deuxième petit garçon. J’ai projeté toute la complicité que vous pourriez avoir avec Tiboy, et notre famille est devenue à cette minute ce qu’elle est aujourd’hui : un papa, une maman, une fille et deux garçons.

4 commentaires:

Mel a dit…

moi c'est le genre de message que j'adore
bravo pour ce bel accouchement
je sais que je ne vivrai jamais ça, et grace à des récits comme le tien c'est presque comme si je l'avais vécu

bisous

Florence a dit…

Toutes mes félicitations !!!!!

Je trouve que ta façon de raconter est superbe : c'est un très beau témoignage, qui prouve que l'on peut très bien y arriver sans médicalisation.

Florence.

JOe a dit…

Ben tu sais quoi? J'ai bien aimé ton récit! Bizzzzzzzzzzzzzz

lili a dit…

je rentre tout juste de vacances, je vois que tu as bien bossé pendant mon abscence et en plus j'ai vu la photo il est magnifique ce bébé! :)